Benjamin de Tudèle à Lunel

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Lunel

Avant d’arriver à Posquières, Benjamin de Tudèle fit escale à Lunel. Voici sa description de la cité :

Lunel est à quatre milles de Montpellier. Elle renferme une sainte assemblée de fils d’Israël, qui s’appliquent à l’étude de la loi. C’est là qu’avait résidé le maître Meschulam, ce grand docteur. Ses cinq fils sont aussi érudits que riches, savoir : les rabbins Joseph, Isaac, Jacob, Ahron et Asher l’Abstème, qui s’abstint d’occupations mondaines, s’attacha jour et nuit à l’étude, jeûna et ne mangea  jamais de viande (note : comme un parfait cathare). Ce dernier est de plus un grand talmudiste, de même que le rabbin Moïse son beau-frère ; le rabbin Samuel l’Ancien, le maître Salomon le Cohen et le docteur Yéhuda le médecin, fils de Saül ben Tibbon de Grenade en Espagne.

Tous ceux qui viennent de pays éloignés pour apprendre la Loi, sont nourris et instruits par eux. Ils reçoivent gratuitement de la communauté, tout ce qui leur est nécessaire, pour la nourriture et les vêtements pendant tout le temps qu’ils fréquentent l’Ecole. Ce sont des hommes vraiment sages et saints ; ils observent les préceptes, et secourent leurs frères, présents ou éloignés.

Lunel au reste est située à deux milles de la mer ; elle renferme à peu près trois cents fils d’Israël…

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La baronnie de Lunel

Dans son « Histoire de la ville de Lunel » publiée en 1891, Thomas Millerot donne l’origine de la seigneurie de Lunel :

C’est vers l’an 888 que la baronnie de Lunel fut érigée ; mais la rareté des actes du dixième siècle, appelé vulgairement le siècle de fer ou de l’ignorance, à cause des grandes guerres qui dévastèrent le pays et le replongèrent, en quelque sorte, dans la barbarie, ne nous a pas permis d’établir, d’une manière précise, la généalogie de ses premiers seigneurs. Nous voyons seulement, par un acte des archives municipales, que la ville de Lunel appartint d’abord à la maison d’Anduze. Un de ses membres, Bernard d’Anduze, baron de Sauve, la céda à celle des Gaucelms (à tort appelés Gaucelins), qui était une des plus puissante de la province. (…)

La cession de la ville de Lunel eut lieu à la condition que les Gaucelms la tiendraient à foi et hommage envers le seigneur de Sauve, et le suivrait à la guerre avec quatre chevaliers entretenus aux frais de ce dernier. (…)

Le premier des Gaucelms, dont il est fait mention, vivait au commencement du onzième siècle. Il nous apparaît pour la première fois, en 1007….

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Tour du château des Gaucelms

Bernard III d’Anduze avait Guilhem, duc d’Aquitaine, de Toulouse et de Septimanie, c’est à dire Guilhem de Gellone  (Guilhem au Courb-nez), pour trisaïeul. Gaucelm était son cousin.

Le dernier seigneur de Lunel, Rosselin II (Roncelin ou Rocelin), vendit en 1293, une partie de la baronnie de Lunel à un Juif nommé Thauros, ce que le pouvoir royal lui fit chèrement payer. Sans héritier direct, Rosselin légua ses possessions à un neveu par alliance, mais Philippe le Bel confisqua le domaine à son profit en 1295.

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La maison de Philippe le Bel

Calvisson

C’est pourquoi en 1304, la cité de Calvisson près de Nîmes put passer aux mains de Guillaume de Nogaret, en remerciements de ses bons et loyaux services.

La terre de Calvisson, qui appartenait à Rostaing de Posquières III, en 1125, passa ensuite dans la maison des Gaucelms de Lunel. C’est ce que nous voyons par un traité, passé le 28 avril 1179, entre le comte de Toulouse (Raymond V) et divers seigneurs du Bas-Languedoc, pour former une ligue contre Athon VI, vicomte de Nîmes, avec qui il était en guerre. Ces seigneurs, qui étaient Raymond d’Uzès, Pons Gaucelm de Lunel, et Pierre de Bernis, déclarèrent tenir en fief, du comte de Toulouse, tout ce qu’ils possédaient dans la vicomté de Nîmes : c’est à dire, Raymond d’Uzès le château et territoire d’Aimargues, Pons Gaucelm de Lunel la terre de Calvisson, et Pierre de Bernis celle de Bernis. Ensuite, ils promirent d’aider ce prince dans la guerre qu’il avait entreprise contre le vicomte de Nîmes, qui avait pour allié Alphonse II, roi d’Aragon… » (Thomas Millerot)

Mais ces hostilités entre tous ces descendants de Guilhem au Courb-nez cessèrent en 1185. Et c’est ainsi que la maison des seigneurs de Lunel devint au XIIIe siècle un lieu de rencontre privilégié pour les comtes de Toulouse, les comtes de Foix et les rois d’Aragon.

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Troubadours à Lunel

Des troubadours célèbres fréquentèrent et chantèrent Lunel. Ernest Renan, dans son Histoire littéraire de la France, tome XX, évoque l’un d’eux : le troubadour Folquet de Lunel que l’on rencontre, comme par hasard, dans la biographie d’un poète juif contemporain, Abraham, fils d’Isaac de Béziers:

 Abraham donne, dans son fameux poème intitulé : l’Epée flamboyante, une sorte d’histoire de la poésie, comme il l’entend. Après avoir parlé, dans les cent vingt premiers vers, toujours en jouant sur les mots, de sa ville natale, de son père et de ses diverses poésies, Abraham s’écrit : « Où sont les merveilles de la science et de la poésie juives ? Hier, on les trouvaient en provençal et en latin. Dans la poésie de Folquet et de ses collègues, tu recueilleras la manne ; de la bouche de Cardinal, du troëne et du nard. »

Folquet de Lunel et Peire Cardinal étaient, en effet, les contemporains d’Abraham, vieux comme lui et les derniers représentants de la poésie provençale.

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Guilhem de Montanhagol

Un troubadour a chanté Lunel, et sa dame, Gauserande, châtelaine du lieu. C’est Guilhem de Montanhagol (1233-1268). Voici son poème :

A Lunel lutz una Luna luzens

Qe donna lum totas sobre lugors !

D’aqui jois lum pren, dompneis ez amors

E gais solatz e beutatz e jovens.

E qan le lum près Lunel luzenza.

Q’enlumina daus partie Tolsa Proensa

Jois estavan e dompneis tenebros

Mas ara-is fai Lunel amdos luzir

 

Le NOM del lum es clars e resplendens,

Q’aitan vol bos als dir entendedors

Seran Gauzeranda com gai et sors

Cill qui veiran sos captenemens gais

E qe jois er donatz cui agensa malade

E qe jauzen seran de gran jauzensa

Ella e cill qe volra joios loin :

Vers le NOM es, qui est l’enten, e bos

(Le vrai Nom est bon, pour qui l’entend bien)

 

Guirautz amics, li savi de Proensa

Diga me nom del, si ls-platz, entendensa lor,

Miellz qar dizon si-n, l’ue gilos sui non,

Tan vuelh del Nom qe vailla bos sobre-is

(Guiraud ami, que les sages de Provence

S’il leur plaît, me disent leur compréhension du Nom

Car ils le disent mieux, je ne suis pas jaloux,

Tant je veux que le Nom surpasse les plus beaux)

 

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Annexe

Sur cette « stèle » on peut lire :

… Souviens-toi…

Passant, souviens-toi… du prestige de Lunel :

L’hôtel de Bernis, rare édifice du XVIIe siècle conforme aux canons de l’architecte théoricien Le Muet « hôtel entre cour et jardin » dont les parties médiévales sont du XIIe et XIII° siècles et quartier de « l’enclos de Lunel » attesté comme lieu de résidence préférentiel des Juifs au Moyen-âge, cœur et mémoire de la cité médiévale, creuset de savoirs multiséculaires…

Des sciences, des noms, des familles illustres :

Yehouda ibn Tibbon de Grenade et ses fils, Asher Meschoullam ben Jacob de Lunel et ses fils, Abraham ben David de Posquières et son fils Isaac l’Aveugle, Moïse ben Kalonymos de Lunel, Asher ben Aba Mari de Lunel – Don Astruc de Lunel ou encore En Duran de Lunel - … Une grande partie des savoirs aristotéliciens conservés en langue arabe y ont été traduits en hébreu et en langue vernaculaire par les Tibonnides au XIIe siècle pour la postérité ; la Kabbale des deux premières époques y fut enseignée, le Talmud, la Torah, le Livre de la Formation commentés, la Bible traduite de l’hébreu et de l’araméen pour les chrétiens, dans ce berceau de la tradition humaniste de la Terre Occitane, donnant ses premiers doyens à l’université montpelliéraine et des ouvrages célèbres au monde entier : le Guide des Perplexes de Maïmonide, le Livre de la Clarté… Un patrimoine, une mémoire enfouie mais toujours vivante, puisant aux sources pluriculturelles de la Méditerranée, au rendez-vous de l’Histoire de Lunel, de Posquières et de Montpellier…

Note : Le Livre de la Formation est le Sepher Yetsira, et le Livre de la Clarté, Le Bahir.

 

Sur Benjamin de Tudèle à Saint-Gilles du Gard voir :

http://montseguraucoindestemps.unblog.fr/2011/03/06/saint-gilles-du-gard/

Pour plus d’images: voir les albums sur Posquières (Vauvert), Saint-Gilles et Lunel

 



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